3 MARS 1945



Création des Unions d’associations familiales

C’est l’acte de naissance des Unions départementales des associations familiales (UDAF), et de l’Union nationale des associations familiales (UNAF). Face à une situation démographique critique, le Gouvernement provisoire de la République doit prendre les mesures qui s’imposent pour inciter les familles à prospérer. Pour organiser leur représentation, l’UNAF et les UDAF sont dotées de 4 missions :
– Donner avis aux pouvoirs publics sur les questions d’ordre familial et leur proposer les mesures qui paraissent conformes aux intérêts matériels et moraux des familles.
– Représenter officiellement l’ensemble des familles, auprès des pouvoirs publics.
– Gérer les services familiaux confiés par les pouvoirs publics.
– Défendre les intérêts matériels et moraux des familles, s’ils sont mis en cause, en exerçant l’action civile devant les juridictions.

 

Une création inédite issue d’un long processus commençant
au XIXe siècle.

« Dieu bénit les familles nombreuses mais ne les nourrit pas ». Cette phrase résume l’état d’esprit qui règne alors en France quand naissent les premières associations familiales. Industrialisation, exode rural, individualisme, situation économique difficile : le contexte n’est vraiment pas favorable aux familles. Elles se regroupent alors, d’abord pour s’entraider, puis pour défendre leurs intérêts.
En 1896, dans un contexte de dénatalité croissante, Jacques Bertillon fonde l’Alliance contre la dépopulation, une société de propagande et d’études dont le but est le relèvement démographique de la France.
En 1902, l’Abbé Viollet fonde les œuvres du Moulin Vert, qui agissent pour l’entraide des familles ouvrières notamment autour des questions de logement. Ici et là, des associations familiales se forment.
En 1908, le capitaine Maire, père de 10 enfants, crée la Ligue Populaire des pères de familles nombreuses, sous la bannière : « Les familles nombreuses, créancières de la Nation ». Cette Ligue parviendra en 10 ans à fédérer 1500 associations. Elle organise des manifestations d’ampleur et porte les revendications des familles auprès des pouvoirs publics : en 1913, une loi d’assistance voit le jour, suivie des premiers dégrèvements d’impôt. La reconnaissance des familles nombreuses est en marche, d’autant qu’en ces temps de guerre, elles fournissent beaucoup de soldats à la France.
Après la 1ère guerre, les préoccupations démographiques aidant, le mouvement familial gagne en influence mais reste divisé selon les objectifs poursuivis :
– Apporter une aide matérielle aux familles
– Influencer les politiques
– Apporter un renouvellement moral
Les divergences sont importantes, notamment autour du nombre d’enfants requis pour adhérer. En 1920 naît pourtant la Fédération nationale des associations de familles nombreuses, autour d’Auguste Isaac, qui tente de faire cohabiter toutes ces sensibilités. C’est un début d’union pour faire entendre la voix des familles. Elle réussit notamment à obtenir des réductions sur les chemins de fer, et en 1932, une loi généralisant les allocations familiales.
En 1938 est publié le Code de la Famille et de la natalité française, qui comprend les aides matérielles, la protection morale, et les dispositions fiscales.
En 1942, la loi Gounot tente d’imposer une organisation pyramidale et non démocratique de la représentation des familles. Parallèlement, la nécessité d’une représentation familiale est affirmée par l’Assemblée consultative provisoire réunie à Alger dès 1943.
En 1945, le texte de la loi Gounot est jugé incompatible avec l’instauration d’un régime de liberté. L’ordonnance relative aux Unions d’associations familiales est signée le 3 mars 1945 à l’initiative du Conseil National de la Résistance, et sur décision du Gouvernement provisoire de la République. Elle donne naissance à l’UNAF et aux UDAF en organisant un cadre démocratique largement renouvelé.

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