1945-1946   Naissance de l’UNAF,
les fondations de la politique familiale


 

« La France manque d’hommes. Afin d’appeler à la vie les 12 millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans (…) un grand plan est tracé. »

Charles De Gaulle, Président du Gouvernement
provisoire de la République,
le 3 mars 1945.

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1945. La France sort de la guerre, libre mais exsangue : le bilan humain et matériel est lourd, il faut reconstruire au plus vite la démocratie, les villes, les logements, les routes… mais aussi les familles. Repeupler la France qui paye le tribut de deux guerres successives est vital et urgent. Suivant le programme conçu dès 1943 par le Conseil National de la Résistance, le nouveau Gouvernement de la République met en place un système de protection sociale exclusif, basé sur la solidarité entre les Français et les générations. Prévue pour être le socle de la République, la Sécurité sociale se définit comme « la garantie donnée à chacun qu’en toute circonstance il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille ».

1948-1964 L’âge d’or


 

« L’efficacité du régime républicain, du régime de liberté, ses chances de survie et de prospérité dépendent donc des liens qu’il saura créer entre la jeunesse et lui. Si notre République ne sait pas capter (…) les ambitions et les espoirs de la jeunesse (…) elle se dissoudra ; mais si elle sait s’y adapter, si elle est capable de comprendre l’espérance des filles et des garçons de France, d’épouser cette espérance, de la servir dans chacune de ses décisions, alors elle n’aura rien à craindre des aventuriers, des démagogues, des extrémistes, car elle sera toujours plus forte et plus vivante, portée par sa jeunesse, ardemment défendue, et chaque jour renouvelée par elle. »

Pierre Mendès France, Président du Conseil
de 1954 à 1955
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Une fois les grands principes de fonctionnement posés, la politique familiale s’étend et propose des prestations qui vont peu à peu se généraliser pour toucher l’ensemble de la population. C’est une période faste pour la branche Famille, qui mobilise à elle seule plus de 40% des dépenses de la Sécurité sociale. En termes de repeuplement, l’investissement est réussi : on enregistre en 1948 et 1949 des indices de fécondité historiques de plus de 3 enfants par femme. Dans le même temps, alors qu’une grande partie de la population prospère et bénéficie de l’Etat-providence, des voix s’élèvent pour attirer l’attention de l’opinion publique sur la situation dramatique des plus modestes (l’appel de l’Abbé Pierre en hiver 1954 et le rapport Laroque en 1962).

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1965-1974 L’émergence de la politique
familiale et sociale


 

« De tous les instruments à notre disposition pour rendre une âme à notre société et assurer ainsi sa survie, la famille est le plus disponible, le plus solide et un des plus efficaces. C’est à ce titre que l’action que vous menez dépasse les intérêts que vous défendez, et rejoint l’intérêt national et les préoccupations humaines et morales les plus urgentes et les plus hautes. »

Georges Pompidou, Président de la République,
aux 25 ans de l’UNAF (1970)
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Les années 1970 marquent un tournant dans la politique familiale.  Les pouvoirs publics concentrent leurs efforts budgétaires en direction des plus défavorisés. La politique familiale devient aussi un outil de lutte contre les inégalités ; de nombreuses prestations spécifiques sous condition de ressources voient le jour. Dans le même temps, les ordonnances Jeanneney réforment la Sécurité sociale en rendant indépendantes les trois branches : maladie, vieillesse et famille. D’un point de vue sociétal, les lignes bougent et le droit de la famille évolue autour de points clefs : les droits des femmes, l’autorité parentale et la filiation.

1975-1980 La famille se modernise


 

« Nous pouvons légitimement espérer que des familles plus épanouies, plus assurées dans leur existence et dans leurs ressources seront aussi des familles plus nombreuses, et de manière plus précise que la famille de 3 enfants, nécessaire à l’équilibre et au dynamisme de notre population deviendra pour un nombre plus grand de foyers, la famille idéale. »

Valery Giscard d’Estaing, Président de la République,
au Congrès du 30e anniversaire de l’UNAF
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L’année 1975 concentre à elle seule plusieurs événements majeurs : la majorité et le droit de vote à 18 ans, la légalisation de l’IVG, le regroupement familial pour les familles étrangères, la grande loi handicap.
Une réforme interne à l’UNAF permet l’adhésion des familles étrangères et des familles monoparentales. L’entrée des mouvements familiaux dans la gouvernance de l’UNAF consacre la double organisation territoriale (UDAF) et pluraliste (mouvements). La politique familiale aide les parents isolés, et surtout favorise le 3e enfant.

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1981-1987 Les familles à égalité


 

« La réduction du temps de travail est un élément capital pour accompagner les modifications des rôles parentaux que notre société connaît. Il faut que chacun des deux parents ait un temps suffisant, un temps libre pour lui aussi, sans lequel il n’est pas d’équilibre familial ; nous devons réfléchir ensemble sur cette modification des rôles et veiller à ce qu’elle se réalise dans le respect des droits de chacun, père, mère, enfant, sans oublier qu’ils forment un tout et qu’ils restent chacun singulier. »

François Mittérrand, Président de la République,
le 21 novembre 1981, au Congrès de l’UNAF.

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Les évolutions de la société des dernières décennies ont fait évoluer la famille traditionnelle, et notamment le rôle des femmes : toujours plus nombreuses à travailler, elles deviennent aussi indépendantes financièrement. Le divorce a perdu son caractère tabou : les familles monoparentales et recomposées sont reconnues comme telles. Le droit  s’adapte à ces nouvelles configurations familiales et consacre l’égalité des deux parents dans l’exercice de l’autorité parentale. En parallèle, la biactivité des parents affirme un nouveau champ dans la politique familiale : la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle. Après les lois de décentralisation, les solutions de garde pour les jeunes enfants font, pour la première fois, l’objet de politiques nationales, avec le lancement des contrats-crèche.

1988-1994 Concilier vie familiale et travail des femmes


 

« Le Gouvernement entend (…) aider les parents à surmonter les difficultés qui pourraient faire obstacle à la réalisation de leurs projets familiaux. Tous les sondages montrent en effet que nombre de couples n’ont pas autant d’enfants qu’ils le souhaitent. Ils sont ainsi privés d’un grand bonheur et privent leurs enfants de la joie de grandir aux côtés de frères et de sœurs. Pour toutes ces raisons et pour nous permettre d’aborder avec plus d’élan et d’espoir le XXIe siècle, il était de notre devoir de mieux accompagner les familles et de mieux répondre à leurs besoins. »

Simone Veil, Ministre des Affaires sociales,
de la Santé et de la Ville
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La fin des années 1980 est marquée par de profondes réflexions sur la place de l’enfant : c’est désormais lui qui est au centre de la famille, et non plus le couple. La Convention Internationale des Droits de l’Enfant institutionnalise cet intérêt croissant pour l’enfant comme individu à part entière, et les réformes suivantes seront désormais guidées par la recherche de « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Le droit de la famille se retrouve confronté aux progrès de la science : les réflexions bioéthiques aboutissent aux premières lois sur la question. En 1992, la France ratifie le traité européen de Maastricht et s’engage à respecter des critères de convergence, dont la maîtrise de la dette publique et du déficit public. En 1993-1994, la fécondité tombe à 1.66 enfant par femme : un creux historique. Une réflexion intense s’ouvre pour trouver réponse par le biais de la politique familiale.

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1995-1999 Des principes défendus,
des partenariats renforcés


 

« L’UNAF, c’est (…) un partenariat incontournable avec les pouvoirs publics – vous venez encore d’en démontrer l’efficacité pour faire respecter l’universalité des prestations familiales… »

Jacques Chirac, Président de la République,
en 1998, à l’Assemblée Générale de l’UNAF
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Dans le cadre de son plan de redressement des comptes sociaux, le Gouvernement Juppé propose de fiscaliser les allocations familiales, idée à laquelle l’UNAF s’oppose. Puis le Gouvernement Jospin décide leur mise sous condition de ressources, qui remet en cause leur universalité. L’UNAF organise la mobilisation contre cette mesure, tout en restant dans une position de dialogue avec les pouvoirs publics et en avançant des propositions alternatives.
Ce positionnement permettra à la fois un abandon de la mesure, une sortie de crise et une plus grande structuration des décisions en matière de politique familiale. Les Conférences annuelles sont réactivées et une Délégation Interministérielle à la Famille (DIF) est créée pour  promouvoir une vision transversale de la politique familiale.
Cette nouvelle organisation permet le développement, au profit des familles, de services de proximité innovants auxquels le réseau des UDAF apporte une forte contribution.

2000-2004 Une parentalité partagée


 

« Le congé paternel (…) c’est bon pour l’enfant qui a le droit d’être élevé par ses deux parents, pour les pères qui voient reconnaître ainsi leur légitimité à intervenir dans l’éducation des enfants en bas âge, et c’est bon pour les femmes, qui aspirent à un partage plus équitable dans le foyer et dans la vie professionnelle. »

Ségolène Royal, Ministre, délégué à la Famille,
à l’Enfance et aux Personnes handicapées
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La politique familiale s’adapte aux réalités des familles et consacre le principe de coparentalité. Les Conférences de la Famille rythment ces nouvelles orientations : le congé paternité et les mesures familiales renforcent le rôle des pères et la responsabilité partagée des deux parents. La médiation familiale est reconnue comme un outil de règlement de conflit dans l’intérêt de l’enfant. Dans le même temps, les efforts se concentrent pour une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. L’avènement de la prestation d’accueil du jeune enfant va substantiellement améliorer la prise en charge des jeunes enfants. Ces mesures voient le jour grâce aux travaux minutieux menés en vue des Conférences de la Famille, auxquels l’UNAF prend à chaque fois une part très active.

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2005-2008 La famille au cœur des solidarités


 

« Il s’agit d’une réforme de citoyenneté. Elle s’inspire des mêmes principes que ceux qui sont au cœur de la loi du 11 février 2005 relative à l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées : s’intéresser d’abord non pas au handicap, aux difficultés, mais aux possibilités de chaque personne, à son potentiel, à ses talents, à sa capacité d’action et d’autonomie, en bref à ses aptitudes. Il s’agit certes de tenir compte de ses difficultés, mais avec l’idée qu’il est possible à chacun de développer la capacité d’assumer de manière autonome les responsabilités de son existence, tout en évitant d’ériger autour de lui un mur qui l’enferme dans un statut d’incapacité définitive. C’est donc à une véritable révolution des esprits que cette réforme invite, à un pari sur l’homme, sur ses capacités et sur sa dignité. »

Philippe Bas, Ministre délégué à la Sécurité sociale,
aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille
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L’esprit de la loi rénovant l’action sociale et médico-sociale (2002) inspire le droit de la famille, notamment en ce qui concerne les plus fragiles. Les enfants, les personnes en situation de handicap et les majeurs protégés font l’objet de trois grandes lois dont le cœur est de protéger les personnes et de garantir leurs droits, d’encourager leur autonomie et l’exercice de leur citoyenneté. L’action sociale ne se substitue plus aux familles, elle doit en être le complément.
L’UNAF est très impliquée sur ces trois dossiers. Son partenariat avec l’Etat est renforcé par la mise en place d’une convention d’objectifs. Un autre aspect du rôle indispensable des familles comme maillon de la solidarité nationale est aussi reconnu pendant la Conférence de la Famille 2006, dédiée aux aidants familiaux. En 2008, les améliorations des politiques d’accueil de la petite enfance sont couronnées de succès : l’indice conjoncturel de fécondité passe enfin
le seuil de 2 enfants par femme, pour la première fois depuis 1975.

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2009-2015 La politique familiale sous tension


 

« Malgré la crise (…) notre taux de fécondité se maintient à un taux élevé. (…) Ce taux de fécondité, c’est un atout formidable pour la France, un atout pour notre société, et dans cette période de redressement productif du pays, nous devons dire qu’un tel taux de fécondité est un atout de compétitivité pour la France. La force de notre politique familiale explique ces résultats. »

Laurence Rossignol, Secrétaire d’Etat à la Famille,
à l’Assemblée Générale de l’UNAF, 2014
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Le modèle français de politique familiale et de protection sociale a joué un rôle de bouclier, contribuant à limiter les effets de la crise de 2008 sur les familles. Afin de réduire les déficits publics, tout en allégeant les charges des entreprises, les gouvernements multiplient les mesures d’économies et modifient le financement de la politique familiale. Si dans ce contexte difficile, les efforts d’investissement dans la petite enfance se poursuivent par-delà les alternances politiques, l’UNAF reste très active pour préserver également les aides financières accordées aux familles. Les débats sur la loi du mariage pour tous ont fait émerger des clivages importants dans la société française.
L’UNAF s’est engagée en apportant son expertise dans le débat. Le Conseil constitutionnel, saisi de sa toute première question prioritaire de constitutionnalité, a conforté l’UNAF et les UDAF dans leur financement et leurs missions dans une grande continuité avec les principes fondateurs de 1945.